Archives Mensuelles: mars 2016

A perfect day : fuck la psychologie

Le pitch du film Fernando León de Aranoa  : Vous vous demandez à quoi ressemble la vie d’un petit groupe d’humanitaires dans une zone en guerre des Balkans ? Suivez les guides : Sophie, Mambru, Katya et Damir pendant leur journée, pas complètement comme les autres.

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Fuck la psychologie = A Perfect Day, un film sans psychologie ? Pas du tout ! L’idée de ce billet est de rappeler un point important de l’écriture scénaristique (ou théâtrale, ou romanesque, etc.). Il ne faut jamais bâcler la définition de la psychologie des personnages. Mc Kee, Truby, ils diront tous la même chose. C’est la psychologie du personnage qui permet de faire avancer l’histoire, de le rendre actif face aux obstacles et de se surpasser. Il y a des films où cette définition est assez simple (le bon/le mal chez les super héros ou les romcom, qui donnent des films divertissants car plutôt légers) ou d’autres, aux schémas plus complexes (les sujets abordés sont souvent plus lourds … même des fois, on comprend rien).

A perfect day réussit le très joli tour de force de l’équilibre. Comment ? Tout simplement en plaçant l’histoire au premier rang, sans valoriser à l’excès la performance d’acteur. Ici, le premier rôle, c’est le groupe qui le tient ! Pas de Leonardo Di Caprio qui mange du poisson cru dans un torrent à – 40 degrés. Pas de Batman qui se torture l’esprit pour savoir s’il doit sauver le monde ou pas. Non, cette fois, la psychologie des personnages est au service de l’histoire et pas besoin de l’étaler pour en comprendre l’importance.

Belle leçon de simplicité du réalisateur pour un excellent film sur un sujet complexe et ancré dans la réalité ! Et vous qu’en avez-vous pensé ?

éperdument ou l’importance d’un casting réussi

Le pitch d’Eperdument de Pierre Godeau : Le film, adapté du roman Défense d’aimer de Florent Gonçalves, raconte l’histoire amoureuse et mouvementée d’un directeur de prison avec l’une de ses détenues.

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Alors en vrai sapasousakas ? L’histoire est plutôt belle (aaaah, la tentation), l’initiative intéressante (on se trouve en présence d’un réalisateur qui s’est intéressé au fait divers même avant la parution du livre de Gonçalves) et les acteurs de talent (Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos, tous deux césarisés en 2014). C’est pourtant ce brillant casting qui empêche de faire décoller le film. Analyse. 

Faire un bon casting, c’est trouver les acteurs pour des rôles et vice versa. Dès lors que les acteurs sont connus, il devient difficile, voire impossible, de dissocier leur identité « de tous les jours » de celle du personnage fictif qu’ils incarnent. Eh oui : au cinéma, on va voir le dernier Stallone ou le dernier Kad Merad (qui se souvient du nom de son personnage dans Bienvenue chez les ch’tis ?). Dans Eperdument, croire à l’amour entre Jean (Guillaume G.) et Anna (Adèle E.) c’est accepter la possibilité d’une idylle entre Adèle Exarchopoulos et Guillaume Gallienne. Premier hic, on n’y croit pas.

Guillaume/Jean trop propre, Adèle/Anna trop sexy. Des personnages bien trop opposés pour pouvoir fonctionner ensemble. Guillaume/Jean naturellement maniéré, Adèle/Anna émotionnellement débordée. Du coup le spectateur, en recherche de repères, peine à les trouver. L’histoire d’amour à du mal à légitimer sa profondeur (les scènes de sexe n’aident pas forcément). Une histoire résumée à un peu de cul alors ? Peut-être mais ce n’est pas ce que le réalisateur met en avant. Et encore, l’histoire ne fonctionnerait que dans un sens. Guillaume vers Adèle. Mais Adèle qui veut le cul de Guillaume … Une relation de pouvoir ? Non plus. Adèle/Anna n’en joue pas, lui non plus. Le spectateur doute à nouveau.

Elise, la femme de Guillaume/Jean. C’est Stéphanie Cléau, moins connue que ses deux acolytes, qui endosse le rôle de la femme trompée. A nouveau, le casting est raté. Elise est tout simplement la femme parfaite. Belle, charismatique, calme, à la fois amoureuse et fière de son mari, drôle … Mais pourquoi va-t-il la tromper ? La tentation, quoi qu’on en dise, est quelque chose d’assez mathématique. Si notre cortex reptilien nous pousse à agir selon nos pulsions, la partie la plus moderne de notre cerveau intervient toujours avant que ces actions soient entreprises : il pèse les pour et les contre et légitime nos décisions. Impossible, en première lecture du film, de voir quels sont les avantages de Guillaume/Jean à quitter sa femme pour Adèle/Anna. IMPOSSIBLE ! La liberté ? Sa femme lui donne toute latitude pour gérer sa vie. La liberté de penser ? Non plus. Le sexe ? Peut-être, mais encore une fois, ce n’est pas ce que le metteur en scène met en avant de le film. En plus, Elise est une très belle quadra (elle apparait nue dans le film, pas de plastique dans les nichons et ça fonctionne très bien comme ça). La nouveauté ? Un peu trop simple, non ?

En somme, un casting réussi fait tout le film. Le réalisateur aurait casté un Gilles Lellouche pour le rôle de Jean, le rapport entre les deux personnages principaux aurait été plus tendu, le résultat plus vrai. En revanche, prendre Poelvoorde comme directeur de prison aurait permis de créer une belle comédie. Sans changer grand chose au scénario. Malheureusement l’entre deux ne fonctionne que très modérément.

Et vous qu’en avez-vous pensé ?